Comment m’est venue l’envie d’écrire ma première trilogie ?

Il y a eu un moment précis — pas un éclair, plutôt une intuition. Toute cette matière que j’accumulais depuis des années : des textes épars, des réflexions sur le rêve, sur la mémoire, sur ce que le temps fait à l’espace qu’on habite. Je la gardais pour un projet au long court , dans des mondes suffisamment loin de moi pour ne pas me brûler les doigts. Et puis j’ai compris que la faire basculer dans le présent, dans un futur proche presque palpable, changerait tout. Ce ne serait plus une fable. Ce serait une autre façon de raconter, à moi, à vous, mon histoire.
Avant cela, je butais. Je voulais un space opera qui fasse écho à la trilogie des Gardiens de la Galaxie ou à Cobra — cette série d’animation japonaise dont je n’ai jamais oublié le mélange d’ironie et de danger. Mais la construction ne prenait pas. Les univers trop grands, parfois, empêchent de voir ce qu’on cherche vraiment à dire.
Alors j’ai lu ou relu des thrillers, Stephen King, Maxime Chattam, Franck Thilliez… Regarder des séries, des films, dont la liste serait trop longue, tout ce qui traitait du sujet qui m’obsédait sans que je sache encore pourquoi. Et l’intrigue a fini par se ramener toute seule — pas vers les étoiles, mais vers un Paris insomniaque, 2030. Une ville qui ne dort plus tout à fait.
De ce moment-là est née une nouvelle, Le Réflexe de surface. Un point de départ modeste, presque un test pour jouer avec les mots, plus secs, des phrases plus courtes, trouver le rythme.
Puis la technologie du caisson zéro s’est mise à exister vraiment, j’ai commencé à dessiner les plans, esquisser mes personnages, tout prenait de l’épaisseur sur le papier. Ce qui devait n’être qu’un hareng rouge, une fausse piste pour détourner l’attention, est devenu un personnage secondaire à part entière, presque encombrant tant il prenait de place. Les autres se sont sculptés autour de mon enquête du tueur des draps. L’intrigue, elle, s’est densifiée couche après couche.
Une cinquantaine de versions plus tard, j’ai accouché d’un roman de 250 pages, 63 270 mots. Le premier tome d’une trilogie que je ne savais pas, au départ, que j’écrirais. C’est ainsi que la Brigade Onirique de Vigilance est née.

Je ne sais pas toujours reconnaître, sur le moment, les bascules qui comptent. Est-ce la même chose pour vous — cette idée qui change de nature simplement parce qu’on la rapproche du présent ?

Ecoutez l’interview sur Radio fil de l’eau [Fréquence locale, le mag d’info] :
2 Christophe Dougnac Caisson Zéro – tome 1