Lorsque quelqu’un me demande comment naît un roman, il s’attend souvent à une réponse technique : une idée, un plan, un chemin de fer, des personnages avec une bonne intrigue.
Pourtant, aucun de mes romans n’a commencé ainsi. Ils ont tous commencé par une question.
Et si notre monde n’était pas le seul ?
Pas dans le sens où l’on imagine habituellement des univers parallèles. Je parle d’une autre réalité. Un monde qui aurait toujours existé, juste derrière le nôtre. Invisible. Silencieux. Patient.
Cette idée me poursuit depuis des années. J’aime croire que certaines légendes ne sont pas des inventions, mais les souvenirs déformés d’un monde que nous avons oublié. Pourquoi retrouve-t-on l’homme vert en Grande-bretagne, en Occitanie avec Jean-François Bladé et ses Contes populaires de la Gascogne. C’est un symbole et un motif ornemental d’origine très ancienne dont on retrouve le mythe dans de nombreuses cultures. Même si toutes ces cultures n’avaient pas de contacts entre elles, il semblerait que l’homme vert soit continuellement lié à la Nature et au printemps.
C’est de cette intuition qu’est né Le Monde de Pi-R. Je n’avais pas envie de raconter une aventure fantastique de plus dans le territoire de la Fantasy, avec un héros et un dragon. Je voulais que le lecteur éprouve cette sensation étrange que l’on ressent parfois devant un trou dans un arbre ou face aux ruines d’une cité ancienne : celle qu’il existe peut-être quelque chose derrière… quelque chose qui attend simplement d’être redécouvert. C’est ainsi qu’en me promenant dans le Parc naturel du Cap de Creus, j’ai commencé à imaginer un petit peuple qui vivrait caché et qu’on ne pourrait apercevoir qu’à l’heure d’or…
Puis un jour, une autre question est apparue. Que se passerait-il si deux mondes jusque-là séparés commençaient à se rapprocher ? Comme deux aimants : ils s’attirent, ils se repoussent, ils résistent puis, un jour, leur équilibre se rompt. C’est cette image qui a donné naissance aux Tribus de Pi-R.
Je ne commence jamais par inventer un héros. Archimède est venu d’un rêve et d’un simple jeu de mots : Pi, comme la constante, et pierre, comme la matière du monde. De cette rencontre est né le peuple lythos, et pour le jeune Archi, le monde des Pi-R. J’ai commencé à créer son grimoire et j’ai découvert en même temps que lui à quoi pouvait ressembler cette nouvelle cosmogonie qui prenait vie sous mes crayons et mes pinceaux…
Je commence toujours par construire un mystère. Les personnages arrivent ensuite. Ils deviennent les premiers explorateurs d’un territoire que je découvre en même temps qu’eux. Je crois que c’est pour cette raison que je prends autant de plaisir à écrire : je ne connais jamais toutes les réponses, je les cherche comme un archéologue qui dégage patiemment les pierres d’un temple oublié.
Chaque chapitre révèle une nouvelle pierre. Chaque peinture éclaire un détail. Chaque illustration devient un indice. Mes romans sont illustrés parce que certaines émotions refusent de rester enfermées dans les mots. Parfois, une image raconte ce qu’une page entière ne pourrait jamais expliquer.
C’est sans doute pour cela que je considère chacun de mes livres comme une œuvre complète, où la peinture, l’écriture et la mise en page racontent une seule et même histoire.
Au fond, je ne cherche pas seulement à faire voyager le lecteur. J’aimerais lui offrir cette sensation rare : celle de refermer un livre en regardant son propre monde avec un léger doute. Et si certaines portes existaient vraiment ? Et si certains mondes attendaient simplement que quelqu’un ose les franchir ?
Peut-être que la Fantasy n’est pas faite pour fuir la réalité. Peut-être est-elle simplement une autre façon de l’explorer.
Pour prolonger le voyage
Si cette idée vous intrigue, Le Monde de Pi-R est la première porte de cet univers.
Les Tribus de Pi-R vous conduiront encore plus loin, là où deux mondes commencent lentement à entrer en collision.
Le voyage ne fait que commencer.